Un sacré farceur !

Publié le par Louis

De l’utilité des canulars littéraires :
 
 Derrière les burlesques et authentiques aventures du pirate Le Golif, se cache la plume de l’écrivain A. T’Serstevens. En 1945, les bombardements américains ayant rasé la ville de Saint-Malo, le déblaiement des décombres permit la découverte d’un mystérieux manuscrit du XVIIe siècle : les Cahiers de Le Golif dit Borgnefesse, capitaine de la flibuste. Dans la première édition du livre de 1952 figure même un cliché du texte d’origine, histoire de prouver son authenticité.
 
 En réalité, l’histoire de ce pirate devenu écrivain au soir de sa vie est sortie tout droit de l’imaginaire d’A. T’Serstevens. Ce coureur des mers, devant son surnom au boulet de canon qui lui avait emporté le gras de la fesse gauche, était donc le fruit d’une vaste plaisanterie !
 
 Pour rendre sa blague crédible, notre joyeux faussaire alla jusqu'à délaver un simple annuaire des postes pour y réécrire ensuite cette singulière épopée dans la calligraphie et le style littéraire du XVIIe siècle. Cette pratique courante au Moyen Age, en raison de la rareté et la cherté des parchemins, est connue sous le nom élégant de palimpseste. 
 
 Les bottins téléphoniques de l’après guerre devaient vraiment être de mauvaise qualité pour permettre cette bienveillante supercherie ! C’est en tout cas ce que l’on put constater lors de la présentation de ce document « controversé », lors d’une exposition thématique sur les pirates au musée de la marine de Paris au cours des années 2000.
 
 Depuis 1952, tous les lecteurs passionnés par les récits de flibustiers (à commencer par moi-même) sont tombés dans le panneau. Pourtant le surnom pittoresque du capitaine est déjà un indice donné par l’auteur. Mais comme dans tout bon canular, plus la farce est énorme, plus elle passe. Autre détail d’importance, le complice du faussaire avait préalablement publié dans une revue quinze ans auparavant une nouvelle intitulée La régate du capitaine Borgnefesse.
 
 Si certains peuvent s’offusquer par principe d’une pratique littéraire basée sur le mensonge, gardons-nous d’en faire le moindre reproche à son génial inventeur. La falsification historique de T’Serstevens n’a pas eu de fâcheuses conséquences. Son seul but était de faire rire et de divertir un public avide de récits expurgés de toute leçon moralisatrice. N’est-il pas cocasse de voir des historiens mentionner le nom de Le Golif aux côtés de véritables pirates et de se faire avoir comme des bleus ? Un petit mensonge au service de l’insouciance, quel crime abominable !
 
 Et tant pis s’il existe aujourd’hui des descendants de flibustiers mécontents de voir la crédibilité et l’honneur de leurs ancêtres bafoués. Ils n’ont qu’à demander indemnisation et surtout repentance aux éditions Grasset coupables d’avoir orchestré cette plaisanterie !
 
 N’oublions pas enfin que ce genre de supercherie est parfois source d’engouement et de renouvellement littéraire et artistique. Que serait en effet le mouvement du Romantisme sans la publication à la fin du XVIIIe siècle des faux poèmes du barde Ossian. Cette figure celte  sortie tout droit de l’imaginaire de James Macpherson, répondait néanmoins à une demande des européens de l’époque. Peu importe sa véracité historique puisqu’il contribua à inspirer les plus grands peintres comme Ingres avec sa toile consacrée au songe d’Ossian. 

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Corso 26/09/2007 21:06

Je ne connaissais pas l'anecdote mais j'adore, tout comme Saint-Malo, cité très accueillante découverte cet été en vacances.