Rentrée littéraire 2007

Publié le par Louis


La littérature française est-elle condamnée à subir les Sept plaies d’Egypte ?
 
 Après le fléau tenace de l’autofiction, débarque un nouveau venu non encore nommé. Qualifions la tout bonnement de « littérature de faits divers ».Un nouveau moyen demasquer les carences de ces auteurs en matière d’imagination. Une poignée de vedettes du gratin des lettres nous impose aujourd’hui son goût douteux des drames humains médiatisés à outrance. Bien entendu ils se voient comme de nouveaux peintres réalistes, observateurs moralisateurs de leur époque.  
 
 Ainsi, l’affaire des bébés congelés, l’histoire du faux docteur assassinant sa famille, l’affaire du petit Grégory ou celle de l’enlèvement d’un otage en Irak, seraient, selon les grands pontifes de la république des lettres, des sujets dignes d’être la matière d’un bon roman.
 
 Mais derrière l’alibi de l’art se cache sans trop de discrétion l’intérêt financier des éditeurs. Sauf qu’à ce niveau là, le romancier passe de la création indépendante au système de la commande. Il obéit comme un valet à son éditeur, celui-ci cédant de même aux caprices et aux modes des médias. On peut se moquer grassement des nègres de Sulitzer après cela…
 
 Désormais, la notoriété littéraire passe par un minimum de talent et un maximum de tapage médiatique. Car aujourd’hui, la voie du succès passe obligatoirement par les fourches caudines de ces médiocres et néanmoins omniprésents talk-show télévisés. Des émissions soi disant incontournables puisqu’elles permettent de vendre du livre. Pas étonnant de voir les maisons d’éditions les courtiser. La prose y trouve sa place à la seule condition de traiter de politique, de scandale, ou bien de ces fameux faits divers. Inutile de dire que la disparition des émissions authentiquement littéraires a accéléré cette tendance.
 
 Il nous faudrait urgemment un comité de romanciers indépendants afin de dénoncer ces manières de flibustiers affairistes. Mais les révoltes partent souvent de la base : les lecteurs « dindons de la farce » finiront bien par prendre conscience un jour ou l’autre que l’on se moque d’eux !  
 
 En attendant, le fléau a bien pris racine : un nouveau stade est franchi dans la déviance depuis longtemps dénoncée de la littérature industrielle. Le fait de vouloir épouser l’actualité au point d’en sortir un produit de circonstance (n’employons plus le terme de roman) s’appelle une étude de marché !
 
 La littérature française, cette grande dame, a reçu trop de plomb dans ses ailes de géante. Ce n’est pas avec de tels sujets qu’elle va s’exporter.
 
 Laissons cependant le mot de la fin à Georges Elgozy, ce trublion impertinent dont le seul tort est d’avoir eu raison trop tôt :
 
« En littérature, le ridicule ne tue plus ; il tire à cent mille exemplaires. »

Publié dans Point de vue

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