La fin de l'Empire romain d'Occident

Publié le par Louis

 

empire-romain-livre.jpg

Qui fait l’histoire : les dieux, les hommes ou les bêtes ?
 
Tout le monde connaît l’histoire des oies du Capitole dont les cris ont sauvé Rome de l’assaut des Gaulois.
 
L’histoire des origines d’une autre grande cité est un peu similaire. Après son échec en Gaule à la bataille des Champs Catalauniques en 451, Attila décide l’année suivante de ravager l’Italie. Renonçant à prendre Rome, il décide de lancer toutes ses forces contre la ville d’Aquilée en Vénétie. A l’abri de ses remparts, cette dernière résiste vaillamment, et le siège s’éternise pour les Huns qui commencent à perdre patience.
 
 Mais Attila très observateur vient de relever l’attitude équivoque d’un groupe de cigognes. Il constate que ces grands échassiers viennent d’abandonner leurs nids au sommet d’une tour pour en choisir une seconde. L’homme des steppes, percevant mieux que quiconque l’instinct animal, tire alors la conclusion suivante : la tour complètement ruinée menace de s’écrouler à tout moment…
 La prophétie des cigognes s’accomplit au bout de quelques jours. L’édifice finit par s’écrouler et les Huns se ruent dans la brèche. La fureur d’Attila s’abat alors sur la cité. Elle est pillée, incendiée, détruite de fond en comble et sa population est entièrement massacrée. Aquilée est désormais rayée de la carte.
 
 Toutefois, une poignée de survivants parvient à se réfugier sur un îlot de la lagune adriatique. Aquilée n’est plus, mais une jeune pousse est en train de prendre racine sur une terre ingrate. Sur cet espace jusque là oublié de l’histoire est en train de naître une nouvelle cité au destin prometteur. Cet espoir a pour nom Venise !
 
Lumières sur 100 années décisives
 
 J’ai trouvé cette anecdote dans le passionnant ouvrage de Georges-André Morin : La fin de l’empire romain d’Occident 375-476, publié aux éditions du Rocher.
 
 476 est une date charnière correspondant à la déposition du jeune Romulus Augustule, le dernier empereur romain d’Occident. Paradoxalement, la période des cent dernières années de cet empire est relativement peu connue. Rares sont les historiens à s’être penchés sur le sujet depuis le fameux livre d’Edward Gibbons, Histoire du déclin et de la de l’empire romain, paru au XVIIIe siècle.
 
 Il s’agit pourtant d’une époque très importante de transition au cours de laquelle un empire païen se transforme en empire chrétien. Tout en sombrant dans une longue agonie, en partie liée aux invasions barbares, cette phase ultime de l’antiquité tardive porte en elle les germes de l’Occident médiéval. Jamais en ces temps si troublés les empereurs n’ont autant légiféré, posant chaque année les pierres d’un édifice indispensable au bon fonctionnement de toute cité. Ce legs juridique, pourtant tardif, reste néanmoins l’un des apports les plus notables de Rome.
 
 La qualité du travail de recherche de l’auteur réside en grande partie dans son parcours professionnel. Georges-André Morin ne vient pas du sérail universitaire et exerça, entre autres, la fonction d’Ingénieur Général du Génie Rural des Eaux et des Forêts. Il nous apporte donc un regard neuf d’érudit passionné comme il ne s’en fait plus.
 
La première défaire
 
 Les raisons de la chute de l’empire romain n’ont pas fini d’interroger les historiens. Il est vrai que cet édifice séculaire ne s’est pas écroulé comme les autres empires. La date de 378, année de la première défaite des romains face à des barbares à la bataille d’Andrinople, porte en elle les germes d’une lente agonie. Après les avoir rejeté victorieusement durant plus de quatre siècles au-delà du Rhin et du Danube, Rome n’a désormais plus les moyens de contenir tous ces barbares.  
 
 Avec ces vainqueurs Wisigoths installés sur son sol, l’empire va devoir composer avec ces peuples dits « fédérées », terme inventé pour sauver la face. Après cette terrible défaite, les vaincus ont la naïveté de croire en leur capacité des les intégrer pacifiquement et de les digérer lentement par assimilation. Cette croyance se heurte à d’autres réalités : Rome n’a plus les moyens de ses ambitions et va d’ailleurs faire face à d’autres vagues d’invasions.
 
Un empire chrétien
 
 La Rome du Bas-Empire n’est plus celle de la Rome triomphante d’Auguste, de Titus ou de Trajan. Les temps changent, les mentalités évoluent. Les empereurs désormais chrétiens jettent aux ordures leurs attributs évoquant un paganisme désormais honni et même combattu. Ainsi, la statue de la victoire est symboliquement retirée du sénat, les temples des anciens dieux sont fermés. Gratien juge bon de renoncer à sa prestigieuse fonction de grand pontife, jugée incompatible avec sa foi chrétienne. Une fonction d’ailleurs vide de sens depuis plusieurs années. L’évêque de Rome en profitera plus tard pour s’en emparer et se proclamer ainsi comme le premier des évêque ou souverain pontife, plus connu ensuite sous le nom de pape… 
 
constantin.JPG
 Constantin, l'empereur qui christianisa l'empire

LA grande invasion
 
 Un nouveau siècle arrive, mais l’empire n’a pas le temps de se relever. En 406, voilà qu’il subit la plus grande invasion de son histoire. Le climat en est en partie responsable. Cet hiver-là, le Rhin gèle et 300.000 Suèves, Alains et Vandales en profitent pour le franchir et pénétrer en Gaule. Rapidement, ces nouveaux « fédérés » vont éprouver des velléités d’indépendance. Chaque peuplade se taille alors un royaume au sein de l’empire, lui gagnant chaque année un peu plus de terrain, au point de n’être réduit vers la fin qu’à la modeste portion de l’Italie, de la Provence et de l’Auvergne.
 
 Comme les maux n’arrivent jamais seuls, aux invasions s’ajoute une grave crise sociale en Gaule et en Espagne. Ecrasés par les impôts quantité de citoyens romains se retrouvent acculés à la clandestinité et finissent par s’organiser en bandes de pillards que l’histoire a retenu sous le nom de Bagaudes.
 
Les deux chutes de Rome
 
 Rome finit même par subir deux retentissants pillages. Celui de 410 commis par les Wisigoths d’Alaric, et celui de 455 par les Vandales de Genséric. Paradoxalement ces deux sièges n’ont pas sonné aussitôt le glas de l’empire. A chaque fois, les pillards rentrent chez eux sans songer à régner sur la ville. La valse des empereurs éphémère peut alors reprendre. Le vieil édifice des Césars va vivoter encore une vingtaine d’année avant de disparaître sans bruit en 476.
 
La bourse ET la vie
 
 La déposition de Romulus Augustule par le chef Hérule Odoacre est un événement qui semble être passé inaperçu par ses contemporains. L’historien latin Sidoine Apollinaire n’en fait même pas mention dans ses écrits. Le jeune Romulus ne finira pas de manière violente comme ses nombreux prédécesseurs. Il termina ses beaux jours dans sa luxueuse villa aux environs de Naples, bénéficiant même d’une généreuse pension allouée par son vainqueur. Une largesse reconduite plus tard par le nouveau maître de l’Italie Théodoric, et ceci contre l’avis de son patrice zélé qui tenta de couper les vivres du dernier empereur.
 
 Le temps des adieux
 
Mais laissons le mot de la fin à deux grands témoins de cette époque. Lorsque Jérôme apprend depuis Jérusalem la nouvelle du premier sac de Rome, il se lamente :
 
« Elle est prise la ville qui a pris l’univers entier, que dis-je ? (…) Une ville antique s’écroule ; pendant tant d’années elle fut la maîtresse du monde (…) Horreur ! L’univers s’écroule ! »
 
 Mais Saint Augustin voit l’événement de manière plus sereine en l’acceptant comme un phénomène naturel et inéluctable, sage réflexion appelant les hommes à savoir tourner la page d’une grande épopée :
 
« Vous vous étonnez que le monde périsse ; mais c’est comme si vous vous scandalisiez que le monde vieillisse. Il est comme l’homme : il naît, il grandit, il meurt… »

P1010182-copie-2.JPG
Carte de l'empire lors de sa plus grande extension sous Trajan

Publié dans Histoire

Commenter cet article