Voltaire, quand la muse l'habite...

Publié le par Louis

Voltaire un, Fréron zéro
 
 Dans ses querelles personnelles, Voltaire avait coutume de pratiquer l’art de l’épigramme pour ridiculiser ses ennemis. Il est vrai que son rire  faisait des ravages puisque la personne fustigée dans ces vers est totalement tombée dans l’oubli :
 
L’autre jour, au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron
Que pensez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva.
 
Quand les Lumières se faisaient aveuglantes
 
Cette petite bombe poétique a le don d’être efficace ! Mais qu’avait donc fait le pauvre Elie Fréron de son vrai nom pour mériter une telle vacherie ? Voltaire le détestait au point d’user des moyens les plus bas pour causer sa perte. Il y parvint   puisqu’il réussit à le faire embastiller quelques temps. Belle initiative pour un écrivain qui avait connu les mêmes cachots sous la Régence !
 
 Loin d’avoir tenu une place mineure dans le monde des lettres, Elie-Catherine Fréron (1718-1776) est considéré comme un grand critique littéraire. Sainte-Beuve le considérait même comme l’un des pères de la critique moderne. Ses brillantes analyses furent publiées dans L’Année littéraire, périodique dans lequel il porta son intérêt sur plus de 10000 livres et pièces de théâtre, avant d’être victime de la censure politique.
 
 N’étant pas du même bord que Voltaire, il éprouvait un malin plaisir à relever les erreurs et les plagiats les plus éhontés du grand écrivain, ce qui avait le don de le rendre fou de rage. Pour aggraver son cas, Elie Fréron était en outre un fervent admirateur de Rousseau, qualifié par Voltaire de « bâtard du chien de Diogène ».
 
 N’allons pas plus loin dans l’inventaire des mots d’esprit de « l’apôtre de la tolérance ». Les lycéens finiraient par croire qu’il s’exprimait comme une racaille ! Voltaire tel qu’il fut ? L’anecdote a néanmoins le mérite de nous présenter sous un nouveau jour cette auguste momie bénéficiant d’une concession perpétuelle au Panthéon.


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