Histoire d'un plagiaire

Publié le par Louis

 L’histoire de la littérature foisonne d’exemples d’auteurs plagiaires, des plus subtils aux plus gonflés. Lorsque ces mauvais élèves se font prendre la main dans le sac, leurs tentatives de justifications sont également des monuments de mauvaise foi. Voilà qui leur donne droit à un aller simple en première classe dans les anthologies littéraires comme celle de Roland de Chaudenay : Les plagiaires, le nouveau dictionnaire.
 
 Un certain Jacques Attali a l’honneur d’y figurer. Son plus célèbre « emprunt » fut dévoilé en 1982 par un lecteur attentif. Celui-ci avait en effet relevé d’étranges similitudes entre un essai d’Ernst Jünger intitulé Essai sur le temps, publié chez Bourgois en 1980, et le sien au titre fort similaire : Histoire du temps publié chez Fayard deux ans plus tard.
 
 Dans le volume d’Attali l’on pouvait relire mot pour mot le même passage rédigé initialement par Jünger :
 
« La gnomonique était déjà une science exacte chez les Egyptiens. Le calcul des heures solaires, tant d’après la longueur que d’après la direction de l’ombre leur était familier… »
  
 Pas un mot de plus, pas un mot de moins : le plagiat des plus parfaits. L’emprunteur ne s’était même pas donné la peine de paraphraser l’auteur. N’ayant rien à rajouter à un texte aussi édifiant, il s’était contenté d’un simple copier-coller. Jünger n'était d'ailleurs pas le seul auteur pillé par l'ancien conseiller de l'Elysée, car parmi ses victimes figuraient également les historiens Jean Pierre Vernant et Jacques Le Goff
 
 Lorsque le scandale éclata, Monsieur Attali se justifia par l’argument bien pratique de la coquille d’impression. Il fit porter le chapeau au pauvre typographe qui aurait eu la flemme de rajouter les guillemets salvateurs. Deux malheureux petits signes justifiant des bonnes intentions de l’auteur… La parade était bonne, il fallait y penser !
 
 Non content de subir une humiliation publique dans le monde des lettres et bien au-delà, notre mauvais et bien maladroit élève s’offrit de luxe de se venger bien plus tard en accusant du même crime l’auteur Jean Lacouture. Il lui reprochait en effet d’avoir pillé son fameux Verbatim au profit de sa biographie sur François Mitterrand.
 
 Le tribunal fit comprendre gentiment au plaignant qu'il n'y pas malice à recopier des citations d'un livre composé lui-même de documents d'archives. Ces pièces faisant partie du domaine public, elles n'appartenaient en aucun cas à monsieur Attali.

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