Comment je suis devenu libraire ? Première époque.

Publié le par Louis

Comment je suis devenu libraire ? Première époque.
 
 
 
 
 Voilà une question dont beaucoup d’étudiants aimeraient avoir la réponse
 
 Lorsque je cherchais dans les années 90 une issue professionnelle à donner à mes études d’histoire, j’étais à mille lieues d’imaginer que je serais un beau jour libraire.
 
 
Le mal français de l’orientation
 
 
 Le métier de libraire avait à l’époque mauvaise réputation. Pour la plupart des Bac+4, il s’agissait d’une voie de garage destinée aux étudiants ayant soit raté leurs études, soit bénéficiant d’un diplôme de prestige mais sans réelle valeur sur le marché du travail.
 Je me destinais d’ailleurs moi-même au métier de prof d’histoire par suite logique, sans avoir de réelle vocation.
 
 Le grand problème français en matière scolaire, est à mon avis celui de l’orientation. Les jeunes bacheliers jouent trop rapidement leur avenir en choisissant une mauvaise orientation, par manque de temps et de conseils. Le sujet de préoccupation essentiel ne devrait pas être celui du soutien scolaire, mais plutôt celui de la bonne orientation.
 Les élèves de terminale pensent uniquement jouer leur avenir avec leurs belles notes sur vingt et négligent alors de fait leur orientation. Ils suivent l’exemple des copains qui se sont engagés dans telle ou telle filière plutôt que d’écouter le fond de leur cœur. C’est du moins le sentiment que j’ai toujours éprouvé.
 Je me suis toujours dit : « Ah, si les profs consacraient au minimum une heure par semaine d’orientation, il y aurait moins d’années de gâchées et de destins étouffés dans l’œuf chez beaucoup de jeunes ».
 
 
Retour à la case départ, en passant par la case armée
 
 
 Donc à l’issue de quatre années d’études, plus une parenthèse de service militaire, je suis entré par les grandes portes du tant décrié IUFM. A la suite du premier échec au concours, je décidais de me trouver un job alimentaire, afin de ne plus dépendre de mes parents, et d’avoir le sentiment d’être utile socialement.
 
 Il faut dire que j’étais de plus en plus dégoûté par le milieu universitaire. Le plus dur pour moi fut de retrouver une année de plus les bancs vieillis des amphis. Car les cours de l’IUFM avaient en grande partie lieue à la Fac, ce qui était pour moi une véritable humiliation. J’avais l’impression d’avancer à reculons et de voir les nouveaux venus gagner du terrain devant moi, comme lorsque l’on redouble à l’école !
 
 
De la difficulté de lire
 
 
Et puis il y a eu entre temps le miracle de ma rencontre avec le livre. Durant toute ma scolarité, et ce jusqu’au bac, j’ai été un très mauvais lecteur. Je dois même convenir que j’ai même détesté la lecture, à une époque où mes obsessions étaient les filles et la musique… Comme bon nombre de mes amis de l’époque, les rares livres lus étaient ceux des prescriptions scolaires.
 
 Même quand j’ai rejoins les bancs de la fac, j’ai été horrifié de découvrir la liste des livres à lire, elle me paraissait interminable ! D’accord, j’aimais l’histoire, mais de là à consulter tous ces volumes, la tâche me paraissait insurmontable. Je dirais même désagréable, car jusqu’à la fin de mes études, la lecture fut pour moi un effort pénible. Le temps fut très long avant d’inverser cette fâcheuse tendance et de transformer la lecture en véritable plaisir.
 Je me souviens que pour soutenir ma concentration, je m’aidais alors d’une règle pour mieux suivre le texte et ne pas sombrer dans la rêvasserie. Quand je redécouvre ces manuels là, je me rends compte que je les avais barbouillés de traits rouges, ce qui rendait au bout du compte le texte illisible !
 
 
Le jour où tout a commencé
 
 
 Mais vient enfin le jour du déclic qui transforme une personne limitée en un illuminé aux ailes de géant. Le jour où je fais remonter ma passion du livre, remonte à un évènement tout simple.
 
 J’étais alors en vacances universitaires après avoir rudement travaillé et réussi ma première année de Deug. Pourtant, je n’aimais toujours pas lire. Quel fut donc le déclic salvateur ? C’est à mon père que je le dois. Pourtant, j’avais toujours regardé ce grand lecteur comme une curiosité de foire.
 
 Un beau jour, il décida de consacrer son temps libre à repeindre les boiseries sombres de sa bibliothèque en chêne. Pour cela il vida son précieux contenu dans la pièce voisine. La vision soudaine de tous ces livres étalés par terre me provoqua un véritable choc. C’est pour moi un évènement fondateur difficile à expliquer sur le plan rationnel. Il n’y a d’ailleurs aucune explication psychologique à donner, c’est tout simplement la magie du livre qui se décida enfin à agir sur moi.
 
 L’envoûtement était lancé, et ma passion du livre allait enfin décider du sens que je donnerais à ma vie.
 C’est donc sans exagérer que je dois rendre hommage à mon père. Car en agissant de la sorte avec ce déménagement de bibliothèque, il a agi sans le vouloir comme un Prométhée me tendant la flamme de la connaissance. Et ce n’est pas trop exagérer que de le comparer ainsi, tant les épreuves qu’il allait rencontrer par la suite, égaleraient symboliquement le supplice de l’aigle dévorant le foie du titan.
 
 Ma première décision, une fois remis du choc, fut de me constituer immédiatement une bibliothèque digne de ce nom…
 
  
 
 
 
 
 
 
  
 
 
 
 
  
 
 
 
 

Publié dans Quotidien du libraire

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