Un roman choc

Publié le par Louis

Le sabbat
Maurice Sachs, l'Imaginaire Gallimard
 
 
 Le sabbat est l’itinéraire dantesque d'un écrivain maudit de tous. Le milieu littéraire français débat encore à l'heure actuelle : doit-il bannir ou pas de son sérail une oeuvre aussi indissociable de son auteur ? Car le cas Maurice Sachs soulève de nombreuses questions d'ordre moral.
 
 Il s'agit néanmoins d'un livre coup de poing. Le sabbat est la confession sincère d'un homme tantôt fier, tantôt désespéré de ses innombrables vices impunis. Un écrivain talentueux qui n'eut pas le temps de percer, et qui s'empêtra dans l'art de tromper les individus qu'il croisa au cours de sa tumultueuse et souvent pitoyable existence.
 
 Maurice Sachs a vécu plusieurs vies. Il connut parfois l’opulence, plus souvent la misère, tentant d’y remédier à plusieurs reprises par le recours un peu trop systématique au vol et l’escroquerie (Coco Chanel dans sa grande naïveté ou vanité selon d’autres avis, en sera la plus illustre victime).
 
 Il frôla la notoriété en ébauchant une carrière d’écrivain (Au temps du Bœuf sur le toit), mais ratant sans cesse le train de la rédemption par manque de volonté, malchance ou haine de soi, il préféra finalement noyer chaque échec dans l’alcool et la boulimie autodestructrice.
 
 Il connut un nombre impressionnant de furtives ou ostentatoires liaisons masculines, mais nia avoir eu des relations avec Cocteau et Gide, qui furent néanmoins pour lui de généreux donateurs. Il tenta même de se ranger en épousant la pauvre fille d’un pasteur américain qu’il abandonna lamentablement, tirant un trait par la même occasion à une brillante carrière de conférencier outre-Atlantique .
 
 Né juif, il se convertit au catholicisme puis au protestantisme lors de son périple américain, après avoir vainement tenté de chasser ses démons en se trouvant une vocation aussi soudaine qu’éphémère de séminariste.  
 
 Méritait-il pour autant de finir gisant au détour d'un chemin, une balle logée dans la nuque, aux dernières heures de la Seconde Guerre Mondiale ? 
 
 Maurice Sachs n’a plus besoin aujourd’hui d’être jugé.  Il a fait le choix  d’ immortaliser sur le papier une existence plus misérable que scandaleuse, se montrant tel qu’il fut et sans la moindre once d’hypocrisie ou de remords. Il subsistera dans les mémoires comme l’exemple retentissant d’un homme qui rata sa vie mais réussit son œuvre, puisqu’on le lit encore. Pour quel usage ? Et pour combien de temps encore ? C’est aux lecteurs passés et à venir d’y méditer.
 
 

Publié dans Romans

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Alain 28/07/2006 11:45

Roman bio plus que passionnant!