Histoire d'une ville déplacée

Publié le par Louis

 
Mazagao, la ville qui traversa l'Atlantique
 
Laurent Vidal, Aubier
 
 Greffe portugaise en terre d'Islam, la ville de Mazagao doit être évacuée lors d’un ultime siège vers 1769, après plusieurs générations d'existence. Un drame pour ses habitants, pourtant habitués à vivre constamment sur la défensive, guettant la moindre attaque des forces du sultan marocain.
 
 Cet abandon précipité a ses raisons : le royaume du Portugal a décidé de tourner la page de ces croisades qu’il juge désuètes. L'ambitieux ministre Pombal, loin de rester sur cet échec, a toutefois un plan de rechange. Un projet surprenant attend les rescapés à leur arrivée : il a été décidé de déplacer et reconstituer la ville au Brésil, sur les bords de l'Amazonie !
 
 Une fois débarqués à Lisbonne, la plupart des "Mazaganistes" auraient souhaité refaire leur vie au Portugal, chacun s'empressant de tourner au plus vite la page d'une douloureuse histoire. Mais on ne leur laisse pas le choix. La métropole a besoin d'eux pour sa politique coloniale sous les tropiques.
 
Un destin forcé attend donc les ex-habitants de la Mazagao d'Afrique. Les voici emmenés contre leur gré en direction de Bélém au Brésil pour former dans un second temps la population de la nouvelle Mazagao d'Amérique. L'auteur souligne que les défenseurs de la foi sont transformés en colons du Nouveau Monde.
 
 La politique coloniale portugaise tourne la page des petits comptoirs et forteresses parsemés sur la route des Indes. L'objectif du moment est de développer le Brésil. Ce dernier est cependant menacé sur ses marges par les Français qui ambitionneraient de s'installer sur la rive gauche de l'Amazone. Il faut donc fonder une nouvelle ville destinée à contrer les appétits de la puissance coloniale rivale. Mais pour atteindre le site, il faut remonter en pirogue le plus grand fleuve du monde sur plusieurs centaines de kilomètres.
 
 Les autorités portugaises, éclairées par leurs urbanistes et leurs architectes, ont planifié une cité idéale située sur la ligne de l'Equateur. Mais le grand projet restera à l'état de plan. En dépit des moyens mis en oeuvre, le résultat de tant d'efforts aboutira à la réalisation d'une misérable bourgade, ce qui porta le coup de grâce au moral des Mazaganistes déracinés.
 
 La nouvelle Mazagao ne sombrera pas pour autant dans l'oubli. Bon an mal an, ses habitants finirent par prendre racine, et les projets d'abandon de la ville ne furent pas mis à exécution. Les damnés de l’Amazone se contentèrent bien raisonnablement de survivre sur ces terres malsaines.
 
 A la fin du récit, l'historien, qui a épluché une foule d'archives inédites, se mue en ethnologue. Il s'est rendu sur les lieux de son étude afin d'observer les descendants des Mazaganistes. Fait étonnant, ces populations ont conservé la mémoire de ces évènements. Chaque année, et de manière théâtrale, ils célèbrent les combats des Portugais et Marocains, perçus comme une sorte d'Illiade fondatrice. 
 
 

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