Le premier des Chouans

Publié le par Louis

Tombeau de La Rouërie
 
Michel Mohrt, Folio
 
 
 Digressionhistorique d'un écrivain sur un acteur oublié de l'histoire : La Rouërie fait partie de ces rebelles idéalistes au destin aussi fulgurant qu'éphémère.
 
 Rares sont les contre-révolutionnaires qui peuvent se targuer d'avoir été une de ces fortes têtes à se retrouver embastillées aux dernières heures de la monarchie. Un tel parcours perturbe beaucoup les tenants d'une histoire manichéenne.
 
 Ce breton, insurgé et hostile aux excès de l'Absolutisme finissant, trouvera un ennemi logique en la figure du nouveau Moloch dévorant ses enfants: la Révolution française.
 
 Car la véritable noblesse a toujours su combattre quiconque menaçait ses libertés fondamentales: les tyrans couronnés (comme au temps de la fronde), ou les sicaires fanatiques d'une république sûre d'elle et dominatrice.
 
 Comme ancien combattant, Michel Mohrt est bien placé pour rendre hommage à ce résistant qui mourut à la tache, avant d'avoir réuni la grande armée populaire qu'il projetait de lancer contre ces forces démentes, broyeuses de masses paysannes comme elles le firent si bien en Vendée.
 
 Un tel parcours l’autorise, dans cette biographie, à évoquer en aparté le destin de son ami Bassompierre. Un frère d’armes durant la Drôle de Guerre qui combattit avec audace les forces italiennes sur le front des Alpes. Sous l’occupation, ce dernier choisit pourtant de s’engager dans la Division Charlemagne, ce qui lui valut d’être fusillé à la Libération. L’auteur affirme pourtant avoir tout tenté pour le dissuader de s’engager dans une telle Croisade.  
 
Un frondeur breton
 
 La carrière militaire de La Rouërie commence paradoxalement au service d’une révolution. En 1777, il s’embarque à destination de l’Amérique afin de combattre aux côtés des Insurgents l’ennemi héréditaire de son pays. A peine arrive t-il en vue des terres du Nouveau Monde, que l’engagé volontaire reçoit son baptême de feu : un vaisseau anglais bombarde et coule son navire. L’intrépide breton n’a d’autre issue que de plonger et rejoindre son camp à la nage. Il retourne en France après s’être couvert de gloire avec le grade de général et l’estime de Washington.
 
 En 1788, La Rouërie prend fait et cause pour les libertés bretonnes. Le gouvernement de Louis XVI projette de limiter les pouvoirs du parlement de Bretagne, remettant en cause plusieurs siècles d’équilibre entre la monarchie et ses différentes provinces. La noblesse locale ne veut pas entendre parler de cette amorce de centralisation qui sera pourtant imposée de manière bien plus radicale par la Révolution.
 
 L’audace de faire partie d’une délégation visant à rencontrer le roi pour le faire changer d’avis, vaut à La Rouërie de recevoir sa première lettre de cachet et de passer quelques jours de réclusion à la Bastille.
 
 Le roi finit par reculer, mais il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus pour les protestataires bretons. Ils ignorent encore qu’ils viennent d’ouvrir la boite de Pandore. Leur action va faire le jeu du Tiers-Etat qui se rue à travers cette brèche ouverte sur l’édifice de l’Absolutisme finissant. La machine infernale de la révolution est enclenchée. Plus rien ne va désormais l’arrêter…
 
 Bon nombre de français fuient leur pays dès les Massacres de Septembre qui donnent un avant goût de ce que sera la Terreur. Mais certains ont du mal à se résoudre à l’exil. Michel Mohrt évoque à ce sujet le sort funeste de Champanez. Réfugié à Meaux, celui-ci court le risque de rentrer à Paris, ne pouvant vivre un jour de plus sans sa belle bibliothèque. Bien entendu il se jette dans la gueule du loup et finit sur l’échafaud. Ne manquant pas d’humour, il ne pu résister de lancer cette boutade à la face de l’accusateur qui avait requis contre lui la peine de mort : « Peut-on se faire remplacer ? ».
 
L’organisation de la résistance
 
 Devant tant de despotisme aveugle, La Rouërie s’atèle à un projet de contre attaque : ce sera l’Association bretonne. Se rendant à Coblence, où s’est formée une communauté d’émigrés, il rentre pourtant déçu par leur manque de volonté d’en découdre avec l’ennemi commun. L’exil outre-Rhin et son confort semblent avoir calmé leur ardeur au combat. Le résistant gaëlique va devoir donc compter sur ses propres moyens.
 
 La Rouërie bénéficie toutefois sur place d’un soutien et d’une force aussi considérable qu’inattendue: la grande masse des paysans bretons. Ces derniers ont fini par découvrir le vrai visage de la révolution. Celle-ci s’attaque à leur foi et les amène à suivre clandestinement leur culte dans des granges.
 
 Habitué à des combats de partisans en Amérique, Michel Morht souligne que La Rouërie est dans la guerre civile comme un poisson dans l’eau. C’est lui qui transmet son art aux Chouans, avant de mourir d’épuisement, peu de temps après l’annonce de l’exécution de Louis XVI. Sa sépulture fut découverte par les révolutionnaires qui ne purent résister au plaisir de profaner son cadavre et de promener sa tête au bout d’une pique.
 
 Ce qui reste du corps de La Rouërie repose aujourd’hui dans sa patrie charnelle, au cœur d’une clairière avec pour épitaphe :
 
 
Marquis de La Rouërie
Mort le 30 janvier 1793
 Le mal qui l’emporta fut sa fidélité.
 
 
 
L’auteur
 
 Michel Mohrt est né en Bretagne, juste avant la guerre de 14. Après avoir été chef de section d’éclaireurs-skieurs dans les Alpes au début de la Seconde Guerre mondiale, il se lance sans enthousiasme dans une brève carrière d’avocat. Il finit par tourner le dos au droit afin de réaliser son rêve de devenir écrivain. C’est la lecture de grands auteurs comme Stevenson et Walter Scott, qui est à l’origine de sa vocation. Il cite pour la circonstance Malraux : « L’écriture naît de l’imitation. »
 
 Après avoir enseigné la littérature française à l’université de Yale, il entre au service des éditions Gallimard, en tant que responsable de la littérature anglo-saxonne. C’est lui qui fait traduire Sur la route de Kerouac.
 La consécration arrive en 1985 avec son élection à l’Académie française, malgré un premier échec contre Charles Trenet !
 
Bibliographie 
 
- LE NOUVEAU ROMAN AMÉRICAIN  
 
 
 
 
 
 
 
- LA PRISON MARITIME
 
- LA MAISON DU PÈRE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 

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