Le mystère Lapérouse

Publié le par Louis

 

 
Voyage autour du monde sur l'Astrolabe et la Boussole
 
Jean-François de Lapérouse, La Découverte poche
 
 
 
 
 Passionné de récits de voyages, il faut parfois revenir aux sources et aux grands textes fondateurs ! Tant d'ouvrages publiés sur l'épopée de Lapérouse ne remplaceront jamais les écrits de l'homme qui mena cette expédition de légende jusqu'a sa tragédie finale.
 
 Son journal de bord nous est miraculeusement parvenu grâce à un passager débarqué lors d'une ultime escale, avant le naufrage. Il nous permet de revivre au jour le jour les différentes étapes des deux navires de l'expédition - l’Astrolabe et la Boussole - qui mouillèrent notamment sur l'Ile de Pâques et les Iles Sandwich (nom que l’on donnait alors aux Iles Hawaï).
 
 Deux siècles après les faits, une équipe de chercheurs français se rend régulièrement à Vanikoro sur les lieux du naufrage. Malgré des fouilles méthodiques, l’île n’a pas encore livré tous ses secrets. On ignore encore ce que sont devenus les survivants qui avaient établi un campement de fortune. Est-il envisageable qu’une poignée d’entre eux ait pu reprendre le large puis disparaître à jamais dans les limbes du Pacifique ? A moins qu’une île déserte leur ait offert un asile tout comme l’îlot de Pitcairn pour les mutins du Bounty ?
 
« L’ancien esprit de découvertes paraissait entièrement éteint »
 
 Le voyage de Lapérouse était une Odyssée pionnière de par ses objectifs officiels. Pour la première fois au monde, une expédition maritime d’Etat renonçait délibérément à toutes visées mercantiles, et décidait de concentrer toute son énergie et sa soif de découvertes au service de la « sainte connaissance ». Il faut dire que le roi Louis XVI était un passionné de géographie. Il a non seulement financé cette aventure, mais l’a suivi tout au long de ses escales, avec le plus grand intérêt.
 
 Le journal de Lapérouse commence par cette phrase : « L’ancien esprit de découvertes paraissait entièrement éteint. ». Il part du constat que les progrès en matière d’exploration maritime ont connu une période d’essoufflement. Il faut dire que la dernière guerre franco-anglaise avait largement contribué à cet état de fait.
 
 Il était donc important pour la France de reprendre le flambeau de l’exploration du Pacifique, déjà brillamment conduite par l’anglais Cook. Lapérouse fait preuve d’une grande admiration pour son illustre prédécesseur. Dans son journal, au moment où il fait escale aux Iles Sandwich, il n’hésite pas à le qualifier de « vrai Christophe Colomb de cette contrée ». Pour lui, son devoir est désormais de poursuivre son travail méthodique, et de noircir les blancs encore présents sur la carte du globe.
 
Le choix des meilleurs
 
 Pour mener à bien cette expédition, son équipage de savants, d’officiers et de marins, fut triée sur le volet. Sont embarqués à bord de la Boussole et de l’Astrolabe, un ingénieur, un chirurgien, un météorologue, un astronome, un médecin, un physicien, un horloger, un interprète, un botaniste, un naturaliste, et un artiste peintre. Bon nombre de candidats se virent recalés : un certain Bonaparte n’avait pas été retenu en raison de son mauvais niveau en astronomie ! Son rendez-vous avec l’histoire n’avait pas encore sonné…
 Lapérouse est quant à lui un navigateur expérimenté. Il a derrière lui une brillante carrière dans la Royale. C’est un homme de guerre qui s’est distingué par d’audacieux faits d’armes. Son plus grand succès restera sans doute l’attaque et la destruction des forts britanniques de la Baie d’Hudson en 1782, durant la guerre d’indépendance américaine.
 
 Le journal tenu par le chef de l’expédition est d’une grande rigueur. N’y figurent ni exercices de styles, ni fantaisies ou excès d’exotisme. Lapérouse n’est pas un écrivain, encore moins un aventurier. C’est un officier du roi qui accomplit une mission scientifique.
 Mais ces notes qu’il a du écrire au calme chaque soir dans ses quartiers, sont loin d’être dénuées d’intérêt pour le lecteur contemporain.
 
Rencontres avec d’autres peuples
 
 Partie de Brest le 1er août 1785, la Boussole et l’Astrolabe font une escale sur l’île de Pâques le 9 avril 1786. C’est l’occasion d’un premier contact avec les peuples du Pacifique. Lapérouse note combien les autochtones ont ruiné leur microcosmeen le déboisant progressivement au fil des siècles. Il ne subsiste désormais que quelques arbres survivant à l’abri de murets. Mais il est hélas bien trop tard pour changer le processus de déforestation. L’île est désormais condamnée à rester telle quelle, elle ne retrouvera plus son antique forêt. Lapérouse perçoit déjà les fâcheuses conséquences « écologique » : les habitants n’on désormais plus de bois pour fabriquer des pirogues pour aller pêcher.
 
 Les voyant menacés, le navigateur français fait preuve d’une grande générosité : il laisse à leur disposition des porcs, des chèvres et des brebis dans l’espoir qu’ils se multiplient, tandis que ses botanistes se chargent de semer toutes sortes de graines susceptibles d’améliorer leur régime alimentaire. Tout cela malgré la fâcheuse tendance des insulaires à dépouiller tranquillement l’équipage de tout ce qu’ils possèdent…
 
Le mythe du bon sauvage
 
 Lapérouse a toujours su faire preuve d’un grand sang froid dans ses rapports avec les indigènes rencontrés. Les rapports ne sont pas toujours amicaux et peuvent facilement virer à l’affrontement meurtrier. C’est donc un explorateur prudent qui se présente à nos yeux. Ce dernier garde en mémoire le sort de son prédécesseur Cook qui fut massacré et dévoré aux îles Sandwich. En aucun cas il ne souhaite voir se renouveler un tel scénario. En mouillant ses navires aux abords d’îles souveraines, la moindre des choses est de ne pas donner l’impression d’arriver en terrain conquis. En la matière, l’attitude de Lapérouse est un modèle de diplomatie.
 
 Cette absence d’esprit belliqueux ne l’empêche pas d’avoir des opinions personnelles sur ces peuples que l’on nommait alors « hommes de la nature ». Selon lui, l’expérience a largement prouvé que la thèse du « bon sauvage » n’est qu’une fable de philosophes trop optimistes. Il déclare d’ailleurs ironiquement à leur intention : « Ils font leurs livres au coin du feu et je voyage depuis trente ans ».
 
Une série de drames
 
 La qualité des rencontres avec d’autres peuples, avec les déceptions que cela comporte, n’est qu’une partie des épreuves rencontrées par les membres de l’expédition. Une escale dans une baie de l’Alaska, baptisée Port des Français, est le cadre d’un drame terrible. 21 personnes périssent noyées, pris au piège dans leurs canots, par la violence de la marée. Cet épisode a profondément affecté Lapérouse qui se sent responsable de leur mort. Ceci d’autant plus qu’il se vantait jusqu’alors d’avoir évité à ses hommes de mourir du scorbut durant leurs longs séjours en mer.
 
 Cette noyade collective semble annoncer d’autres tragédies, comme cette autre escale sur l’île Maouna où tant d’infortunés périssent cette fois massacrés par les insulaires, alors qu’ils n’avaient pas d’autres intentions que de s’approvisionner en eau douce.
 
 Le Journal prend fin avec l’ultime escale des deux navires à Botany Bay. C’est dans cet établissement anglais, embryon de la ville de Sydney, que Lapérouse confie ses dernières et précieuses notes.
 
Le tombeau de Vanikoro
 
 L’expédition pense alors partir vers de nouvelles aventures, mais c’est à partir de cette ultime étape australienne qu’elle disparaît corps et biens. Nous savons aujourd’hui que la Boussole et l’Astrolabe ont fait naufrage sur l’île de Vanikoro en 1788, et que ses autochtones ont massacré les survivants.
 
 En pleine période révolutionnaire, l’Assemblée constituante dépêcha en 1791 une expédition de secours dont les navires aux noms évocateurs de Recherche et d’Espérance rentrèrent bredouilles. Nous savons après coup qu’ils passèrent non loin de l’île de Vanikoro, sans y faire escale. Peut-être qu’à ce moment-là, les rescapés du naufrage étaient encore en vie. Peut-être ont-ils pu apercevoir la rage au cœur, leurs voiles s’éloignant inexorablement…
 
Le mystère plane encore
 
 Les fouilles archéologiques récentes ont en effet prouvé qu’ils avaient établi un campement, en attendant de construire un navire de secours avec les moyens du bord. Mais à part un crâne repêché à grands cris sur les lieux du naufrage, nulle trace physique ne subsiste des membres de l’expédition qui s’était réfugiée sur la terre ferme avant de se faire massacrer. Le mystère Lapérouse plane donc encore…
 
 Si de nouvelles fouilles retrouvent un jour son journal précieusement et volontairement enfoui dans les entrailles de Vanikoro, peut-être que deux siècles de questions brûlantes trouveront enfin leur réponse.
 

Publié dans Histoire

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Alain 16/02/2007 15:48

En lisant cet article et surtout le livre, on prend un second souffle on a envie de devenir un aventurier faisant fi des dangers, merci pour le rêve, merci à Lapérouse!