Science sans conscience...

Publié le par Louis

 

Paris au XXe siècle

 

Jules Verne, Livre de poche
 

 

 Les récentes statistiques sur le bac montrent que les sections littéraires sont de plus en plus délaissées par les éléves. Cela profite bien sûr aux classes scientifiques qui promettent un avenir radieux et rentable à leurs jeunes pousses. Les journalistes ont été les premiers surpris lorsqu'ils ont découvert cette tendance. Pourtant vers le milieu du XIXe siècle un roman prophétique l'annonçait déja.
 
 Dans Paris au XXe siècle, sous le règne de Napoléon V, Jules Verne imagine une vaste métropole où règnent en maîtres la technique et la finance.
 
 
 C'est avec une grande subtilité qu'il nous plante le décor de cette contre-utopie où l'on chercherait vainement une dictature politique poursuivant impitoyablement ses opposants comme dans 1984 d'Orwell. Ici, les parias de cette société sont en réalité les défenseurs des arts et lettres. La tyrannie de l'utile ne leur réserve au fil des ans qu'une maigre place. Ils ne sont pas poursuivis mais méprisés car les poètes ne servent à rien. Ce qui les attend : l'oubli et la misère.
 
Ce roman fut jugé trop pessimiste par l'éditeur Hetlzel qui refusa de le publier. Ce dernier était resté bloqué sur le dernier succès de son jeune poulain : Cinq semaines en ballon. Il lui écrivit même avec un mépris surprenant :

 

"Sur les choses où je me crois compétent - les choses littéraires, rien de nouveau - vous parlez de ça comme un homme du monde qui s'en est un peu mêlé - qui a été aux premières représentations, qui découvre des lieux communs avec satisfaction."

 

 Un jugement sévère loin d'être partagé par les lecteurs qui ont découvert ce livre au début des annnées 90...
 
 
 
 
 Dans l'un de ses passages les plus représentatifs une cérémonie de remises de prix est organisée par une tentaculaire société d'éducation. Les brillants élèves représentant les matières nobles comme les mathématiques sont vivement applaudis. Quand vient le tour du héros Michel Dufrénoy, ce dernier est copieusement humilié en public. La raison de ces moqueries : il vient retirer son prix de vers latins. Il reste malgré tout stoïque devant cette masse hilare :

 

"Prix de vers latins !
- Il était le seul à composer !
- Voyez vous ce sociétaire du Pinde !
- Cet habitué de l'Hélicon !
- Ce pilier du Parnasse !
- Il ira ! il n'ira pas ! etc."

 

 Le jeune poète retourne alors tranquillement à sa place, puis se débarrasse aussitôt du prix qu'on lui avait offert, histoire de retourner le couteau dans la plaie : Le Manuel du bon usinier !
 
 
 L'ouvrage s'achève sur l'errance dans un Paris méconnaissable du jeune héros déboussolé. Après avoir rendu un dernier hommage sur les tombeaux de poètes oubliés comme Alfred de Musset, Michel Dufrénoy contemple un dernière fois le paysage urbain et lance cet avertissement aux générations futures :

 

" Au fond, le Mont Valérien se dressait, à droite Montmartre, attendant toujours le Parthénon que les Athéniens eussent placé sur cette acropole..."

 

Nous l'attendons encore...

 

 

 

Une superbe couverture, illustrée par Schuiten

Publié dans Romans

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