Histoire d'une rencontre
Comment j’ai découvert Les seigneurs de la guerre
Je dois avouer que ma rencontre avec le livre de Robert de Goulaine est un peu le fruit d’un heureux hasard. Ce dernier, étant classé dans un rayon ne relevant pas de ma compétence, était passé inaperçu. J’ai l’honnêteté intellectuelle de ne pas le nier. Ce n’est pourtant pas la curiosité qui me fait défaut...
Noyé dans la masse…
Comme une quantité effrayante de bons auteurs contemporains, le talent de Robert de Goulaine avait été en quelque sorte noyé dans la masse de la production littéraire du moment. C’est pour cette raison que la sortie en poche d’un roman est d’une importance capitale. Cela lui permet d’avoir une seconde existence et de rencontrer un nouveau lectorat.
Le dilemme des retours…
Je me trouvais donc cet été dans l’arrière boutique, avec pour tâche d’effectuer quelques retours. Il s’agit d’une opération désagréable au cours de laquelle le libraire doit retourner ses invendus chez le distributeur. Cette opération est certes nécessaire pour le bon fonctionnement d’une librairie. Hélas ces dernières années, la surproduction éditoriale (je n’insisterais jamais assez sur ce problème) nous oblige, par manque de place et besoin de trésorerie, à retourner un livre au bout de trois mois seulement si ce dernier s’est mal vendu.
Le coup de cœur du libraire…
Heureusement, une logique toute autre que commerciale vient contrecarrer cette véritable machine infernale : le coup de coeur du libraire… Un petit coup de pouce qui permet à un nouveau roman de prendre le temps de trouver son lectorat, comme on laisse se bonifier en cave un vin prometteur. On pourrait pompeusement nommer cela le droit de vie ou de mort d’un libraire sur un livre !
L’appel d’outre-tombe du cosaque…
Je m’apprêtais donc à mettre en cartons les livres que ma collègue du rayon littérature française avait décidé de retourner. Au moment de le passer à la « douchette » (ce petit instrument qui nous permet de lire les codes barres), la couverture des Seigneurs de la mort me sauta au visage. Je ne sais plus si je suis resté bouche bée, mais une chose est certaine, ce roman venait d’échapper au carton de retour. Cette photographie troublante, représentant ces cosaques en uniformes avec leurs chevaux, m’avait sans doute hypnotisé. Leur pose hiératique devant l’objectif semblait annoncer la fin tragique de leur ordre ancestral.
Permet d’éviter le pire !
A partir de cet instant, je pris la peine de lire la quatrième de couverture, ce qui acheva de me convaincre dans l’adoption de ce volume au design si agréablement suranné des Editions de La Table Ronde. Je comparerais volontiers la sauvegarde de ces 200 pages d’épopée au destin des grains tombés entre les meules, pour reprendre le titre des mémoires de Soljenitsyne. Un livre sauvé pour une centaine d’autres promis au pilon…
Depuis ce jour, Les seigneurs de la mort figurent sur ma table de coups de cœur, aux côtés du dernier récit d’un des meilleurs amis de l’auteur : Jean Raspail, En canot sur les chemins d’eau du roi. Unepetite fiche manuscrite rappelle en quelques mots au lecteur non pressé, les raisons de mon engouement… Quel métier formidable, n’est ce pas ?
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