La magie du livre

Publié le par Louis

 

Tout bon livre est avant toute chose un livre de magie. A partir du moment où nous l’ouvrons, son tour de prestidigitation opère sur nous pour offrir de l’inattendu.


Une fenêtre derrière un miroir


La lecture est souvent une quête du Graal, mais derrière cette recherche se cache souvent un manque d’ouverture. En vérité, nous attendons d’un livre qu’il nous ressemble. Nous lui intimons l’ordre de se borner au rôle de livre miroir, nous confortant ainsi dans nos certitudes, nos obsessions, nos errances. Mais voici qu’il se rebelle et décide de nous proposer à son tour d’autres horizons. Le miroir dissimulait en réalité une fenêtre…


Nos lectures nous façonnent


La plupart des lecteurs se croient libres, ouverts d’esprits et pourtant leurs bibliothèques sont criantes de vérité. Leurs étagères peuvent plier sous les titres les plus variés, l’effet s’arrête là. Elles leur rappellent sans cesse que leurs centres d’intérêts sont finalement plus ciblés qu’ils ne le croyaient. Il n’est pas aisé d’admettre l’évidence, mais les faits sont là : nos lectures sont les témoins de nos besoins intellectuels et de leurs évolutions. Elles nous façonnent discrètement, apportant chacune au fil des ans leur pierre à l’édification de notre pensée.


Être enrichi à son insu


Les partisans du libre arbitre nieront bien sûr cette évidence. Et pourtant, quelle vanité de croire en la totale imperméabilité du lecteur face à ses livres. Ils pensent se servir d’un roman ou d’un essai comme s’ils remontaient l’eau d’un puit en fonction de leurs besoins. A partir du moment où nous nous emparons d’un ouvrage, nous prenons le risque d’en sortir différent. Nos esprits critiques, sensés nous protéger, finissent par baisser la garde et accepter un peu de nuance. C’est en tout cas une bonne chose pour les progrès de l’esprit humain que d’accepter d’être enrichi à son insu par un livre. Si nous passons tous une commande bien précise auprès du livre, il nous faut admettre que la relation lecteur-auteur ne peut être à sens unique. L’idée qu’il nous réclame sa juste part dans cet échange doit alors être admise.


A la base… un malentendu


Tout nouveau livre volontairement ouvert est basé sur un malentendu : le lecteur ne trouve pas vraiment ce qu’il cherchait. Cela aboutit la plupart du temps à d’heureuses surprises, mais dans d’autres circonstances à de grandes déceptions.

Un personnage historique nous fascine à priori ? Nous nous précipitons alors sur sa toute nouvelle biographie pour nous conforter dans notre opinion, et il se produit finalement l’inverse. Nous nous rendons compte que cette grande figure n’était pas tout à fait comme nous l’imaginions. Nous l’admirons pour certains actes et découvrons alors qu’il en a commis de moins nobles.

De ce puit de connaissance est finalement remonté une eau moins limpide que nous le désirions : ce que nous avons perdu en manichéisme, nous l’avons gagné en lucidité ! Cela rend-il pour autant la coupe imbuvable ?


L’exigence du lecteur


Autre cas de figure : nous tombons sous le charme d’un roman au ton novateur et nous nous rendons compte avec stupeur que le volume suivant est médiocre ou du moins inattendu. L’auteur a changé de registre par souci de ne point rester prisonnier de son œuvre et nous ne lui pardonnons pas cette trahison. Car en vérité nous exigeons souvent de l’écrivain qu’il reste fidèle à lui-même et à nos goûts du moment. Il nous arrive souvent d’être intolérants vis-à-vis de notre auteur. Nous nous arrogeons d’office le droit de posséder l’écrivain comme nous possédons un exemplaire de son livre. Tout cela ressemble fort à une relation amoureuse excessive.

Nous ne lui pardonnons aucun écart, ne lui autorisons aucune liberté vis-à-vis de son œuvre. Avouons-le, nous sommes tous un jour passés par là… Nous nous interrogeons alors : pourquoi avoir écrit une telle fin, pourquoi avoir fait disparaître tel personnage emblématique du roman, pourquoi des passages bâclés isolés au sein d’une œuvre de qualité, pourquoi change-t-il de genre romanesque sans crier gare, pourquoi opter pour un style qui ne colle pas avec le récit ?


Au bout du chemin : l’enrichissement


Nous sommes déçus et malgré tout nous avons découvert autre chose. Notre horizon s’est élargi alors que nous n’en éprouvions pas le besoin. Cela prend parfois du temps. Un roman classique lu par un lecteur trop jeune pourra être redécouvert avec surprise dix ans plus tard.

Un livre qui n’a pas répondu à l’attente de son lecteur est un livre qui a réussi sa mission d’ouverture d’esprit. Il a semé une poignée de graines sur le terreau d’une âme réfractaire et autocentrée. Le but de ce pouvoir magique n’est pas de changer le lecteur, ni d’opérer en lui une conversion, un revirement, bien au contraire... Ce quelque chose est tout simplement un don d’enrichissement.

 

 

Publié dans Point de vue

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christian audigier clothing 08/07/2010 03:42



Bel hommage aux livres et aux écrivains !



magie.du.livre 26/04/2010 12:33



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bulles 10/11/2009 17:15


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A+ cordialement
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Nathalie H 22/02/2009 17:08


Bel hommage aux livres et aux écrivains !
Lorsque je suis invitée pour la première fois chez des amis, je ne peux m'empêcher de lorgner leur bibliothèque. C'est souvent émouvant car elle raconte l'histoire d'un être, son évolution et ses passions.
Il y a quelques temps, pour des raisons de place, j'ai désherbé ma bibliothèque. Avant de me séparer de certains titres, j'ai voulu les relire. Redécouverte ou cruelle déception. Le ton moralisateur et paternaliste de V. Hugo dans Les Misérables m'a empêchée d'aller au bout. Ca m'a rendue triste car j'avais un tellement bon souvenir de ce roman.

Gérard 17/11/2008 14:58

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