Surproduction éditoriale : le problème ne date pas d'hier !

Publié le par Louis


Une mise en garde d’Edgar Poe
 
 Les éditions Allia viennent de publier un petit recueil intitulé Marginalia. Il y contient les notes de lectures d’Edgar Poe, écrites au soir de sa vie, vers 1844–1849. Parmi ses nombreuses réflexions, j’ai relevé celle-ci en raison de son actualité vis-à-vis du marché du livre :
 
 « L’énorme multiplication des livres, dans toutes les branches de la connaissance, est l’un des plus grands fléaux de cet âge ; car elle constitue l’un des plus sérieux obstacles à l’acquisition d’un savoir positif. Le lecteur voit sa route encombrée d’un véritable fatras, au milieu duquel il doit chercher, à tâtons, quelques bribes de matériaux utiles éparpillés au hasard. »
 
 Rien n’a changé dira-t-on… Mais ce n’est pas parce que le problème est vieux comme le monde qu’il faut le nier, baisser les bras ou encore traiter de Cassandre ceux qui sonnent le tocsin !
 
Lemmings, ne vous noyez plus !
 
 Le petit monde éditorial devrait  méditer cette citation et faire un geste en commençant par mettre un terme à cette comédie de la « rentrée littéraire ». Une expression au demeurant ridicule puisqu’elle compare un écrivain à un écolier rentrant de vacance pour rendre une copie écrite à la va vite.
 
 La concentration de la production littéraire durant cette courte période de l’année n’est qu’une course aux prix littéraires délivrés à la chaîne durant le mois de novembre. Bien entendu, tout le monde se lance dans le marathon, avec l’espoir d’apposer le fameux bandeau rouge sur le livre primé, histoire d’attirer le consommateur pressé. Quand on ne sait pas quoi offrir pour Noël à sa belle-mère, un Goncourt ou un Médicis est le cadeau idéal !
 
 Cette ruée vers les prix, et le gâchis qu’elle sous-tend, me fait penser à ces troupeaux de lemmings stressés fonçant droit vers la mer et se noyant…
 
Sinon, Edgar Poe va se réveiller !
 
 Heureusement, de plus en plus d’éditeurs prennent conscience du malaise et finissent par modérer leur production, ou de choisir de l’étaler tout au long de l’année. D’autres encore de proposer d’instaurer une seconde « rentrée littéraire ». Toutes les bonnes idées sont à prendre… Mais qu’ils fassent vite, avant que le spectre courroucé d’Edgar Poe ne vienne les hanter dans leurs bureaux !

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Publié dans Point de vue

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